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~ Vendredi, décembre 2 ~
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la fonte à cire perdue


Vous savez sans doute que je ne suis pas très porté sur la fonte à cire perdue, qui, utilisée à tort et à travers dans le monde de la bijouterie, donne lieu à toutes sortes d’aberrations.

J’ai pourtant décidé d’évoquer, à travers ce journal, toutes les principales techniques artisanales liées au travail du bijou, mais j’ai délibérément choisi, pour cet article, de m’éloigner de la bijouterie, et de mettre en avant un domaine où la fonte à cire perdue trouve parfaitement sa place.

Ce billet a donc été créé avec l’aide précieuse de la fonderie d’art de Coubertin, qui réalise des moulages de bronze pour les artistes sculpteurs, et qui est à l’origine de plusieurs monuments célèbres, comme la statue du Général de Gaulle, sur les Champs Elysées, sculptée par Jean Cardot.

J’adresse tous mes remerciements à M. Christophe Bery pour les photos de la série didactique, ses informations et conseils.

La fonte à cire perdue, donc, est une technique remontant à l’antiquité, largement employée et perfectionnée par les Egyptiens, qui consiste à couler, directement, le métal en fusion dans un moule en terre réfractaire, avant de briser le moule pour en extraire un bijou presque terminé.

Le processus de la fonte commence toujours par la réalisation d’un modèle. Dans la sculpture, le modèle en platre ou en argile est fourni par le sculpteur. En bijouterie, le modèle peut être en métal ou en cire à sculpter, selon les choix du maquetiste.

Le modèle est alors confié à un fondeur, qui commencera par réaliser un moule elastomère destiné à reproduire fidèlement l’objet en cire de moulage.

Dans la fonte d’objets de grande taille, la création d’un noyau sera nécessaire pour créer un volume creux.


La cire est alors injectée dans le moule en élastomère, et autour du noyau.

Elle est ensuite extraite, soigneusement retravaillée et nettoyée de toute imperfection.

On procède alors à la mise en place de l’alimentation. Il s’agit de créer l’arbre de fonte, un réseaux d’embranchements en cire qui, une fois moulés dans le platre, donneront, en négatif, les conduits de coulée et d’aération du moule.



Dans la fonte de bijou, ce sont les modèles qui sont fixés par dizaines à l’arbre de fonte. Pour les plus grands modèles, on construit l’arbre autour de l’objet.

La cire est alors plongée dans du platre réfractaire qui, en séchant, formera un moule capable de résister à la très haute température de l’or ou du bronze en fusion : plus de 1000°C dans les deux cas.

Le tout sera placé dans un four, et la cire devenue liquide pourra ainsi être extraite du moule et remplacée par le métal.

Pour extraire la sculpture de son moule en platre, il faut briser le moule. Selon les alliages de métaux utilisés, on peut parfois plonger le tout, quelques instants après la coulée, directement dans l’eau froide. Le choc thermique fera alors exploser le platre.

L’objet en métal sort de sa chrysalide de terre réfractaire brut de fonte, oxydé et légèrement texturé. Une réparation s’impose alors. On coupe les jets de fonte laissés par les conduits d’écoulement, avant de nettoyer toutes les imperfections restantes, jusqu’à arriver à l’état de surface final.

Si cette technique est celle qui mélange avec le plus de succès tradition et qualité, on trouve, dans la bijouterie, toutes sortes de méthodes de moulage plus artisanales qui ont le mérite de rivaliser d’inventivité, comme le moulage à l’os de seiche.

Cette technique consiste à enfoncer le modèle à reproduire dans l’os, coquille interne, poreuse et tendre, du mollusque afin d’y former une empreinte pour le moulage.

Bien qu’existant depuis l’antiquité, la fonte à cire perdue est devenue l’une des méthodes de fabrication les plus plus répandues en bijouterie au cours de la dernière décennie, avant d’être petit à petit dépassée par la création assistée par ordinateur.

Si son utilisation presque industrielle en bijouterie, et la qualité souvent médiocre qui en découle sont un fait établi, c’est une invention néanmoins très intéressante lorsque utilisée à bon escient, qui a traversé l’histoire et mérite sa place parmi les techniques que les artisans se doivent de faire perdurer.

Je remercie encore la fonderie de Coubertin pour leur aide précieuse, et vous invite à visiter leur site internet.

Amicalement.

Sébastien


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